Villefranche. Sur les traces du vin des templiers

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Ce mardi matin, en faisant le tour de ses vignes, elle était plutôt dépitée. La grêle, épée de Damoclès de tous les vignerons, venait de cingler les branches fragiles des ceps se dressant sur le causse de Martiel. Pas de quoi, cpendant, abattre Sandra Lemoine qui, depuis quelques années, réimplante la vigne sur les terroirs où il y a des lustres, les templiers avaient su la faire mûrir. « On verra pour la récolte 2009 », lâchait-elle fataliste en milieu de semaine. D’autant que si dégâts il y a, ceux-ci n’ont rien de commun subis dans le Bordelais. Certains ne pourront même pas vendanger cet automne. Cela fait, malheureusement partie, des risques du métier. Et, elle le sait.

Installée en 2003, sur des terrains proches de Martiel, Sandra Lemoine a planté depuis 3 ha de vignes du côté du Juge et de Lespinassière, sur des coteaux exposés de manière à optimiser l’apport de soleil au raisin. Ici, la rocaille affleure. « C’est bon pour la vigne, car un sol trop riche ne lui convient pas. Et lorsqu’elle souffre, cela se voit car elle donne de meilleurs fruits ». Venue dans le métier par passion pour le vin, elle raconte ses parcelles et les cépages qui y prospèrent avec des mots teintés d’affection. Après avoir picoré des conseils auprès de vignerons comme Jean-Luc Matha, de Marcillac, ou de son confrère du domaine de Labarthe dans le Gaillacois, la vigneronne du causse vole de ses propres ailes. En alchimiste des arômes, elle marie syrah, cabernet-sauvignon, cabernet-franc, merlot et chardonnay pour délivrer aux papilles un rouge et un rosé singuliers. « Ce n’est ni du cahors, ni du marcillac, c’est du vin de pays de Martiel », tranche-t-elle.

Ménager la vigne
Un vin qui naît de la terre au terme d’un long et délicat processus. Car, ici, tout le travail s’effectue à la main. « En ne mécanisant pas, on ménage la vigne ».

De l’effeuillage- « très important car en aérant bien la grappe on évite les maladies et on favorise la maturité »- à la vendange, les différentes étapes dépendent des seuls doigts de la vigneronne et de ses aides. Un état d’esprit proche de la nature que l’on retrouve aussi dans les traitements, seul volet mécanisé. « Pour l’instant je suis en agriculture raisonnée, mais en phase bio, car si je n’ai pas encore effectué de reconversion officielle, je n’utilise que du soufre et du cuivre, et je bannis les traitements de synthèse », explique-t-elle. Une démarche portée comme un engagement pour l’avenir lorsqu’elle défend : « Je crois qu’il faut arrêter de jouer avec le feu ».

Après le rouge et le rosé, Sandra Lemoine s’apprête à récolter sa première vendange de Chardonnay. « Elle sera modeste, sourit-elle, mais comme dans nos secteurs, on produit peu de blanc, j’envisage, avec les quelques droits de plantation qu’il me reste de développer cette production pour laquelle existe une demande ». De bien belles promesses gustatives. Elle mesure déjà, grâce à ses tanins, la densité du potentiel de son vin rouge. Elle sait aussi combien, en insistant sur la longueur d’élevage, le goût peut subir des modifications. Sauf que dans ce domaine, elle avance à pas feutrés en se refusant de jouer aux apprentis sorciers. « En tant que professionnel, nous avons des préférences, mais c’est le consommateur qui décide ». Un consommateur qu’elle capte par la vente directe, avec la même logique accompagnant l’ensemble de sa démarche.

in La Depeche