Un lieu où souffle l’esprit

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Passionné de vin et d’art moderne, Philippe Austruy a repris en 2001 cet ancien domaine des Templiers. Et en a fait un musée à ciel ouvert habité par la vigne.

S’il est vraiment des lieux où souffle l’esprit, Peyrassol en est comme une capitale. Car l’histoire de ce vaste domaine installé sur des centaines d’hectares entre Flassans-sur-Issole et Le Luc-en-Provence sonne comme une succession d’exceptions. Commanderie de templiers dès le début du XIIe siècle (on y produisait déjà du vin), puis propriété de l’ordre souverain de Malte jusqu’à la Révolution, il passa alors dans les mains de la famille Rigord, qui ne devait s’en séparer qu’en 2001. Au profit d’un entrepreneur littéralement fou de vins… et d’art moderne. Mais si Philippe Austruy a passé sa vie à se donner les moyens d’assouvir ses deux passions, son appartement parisien aux murs couverts de toiles originales n’y suffisait plus.

L’opportunité d’acquérir la commanderie de Peyrassol fut donc pour lui une aubaine. En quelques jours, un vent nouveau souffla sur le domaine, réveillant les pierres et la terre de leur léthargie séculaire : pelleteuses, bulldozers et grues de chantier pour creuser, ériger ou déplacer, artisans et artistes pour restaurer et réhabiliter là une salle des gardes, ici une chapelle, rien ne fut refusé à la renaissance du domaine, tant pour les bâtiments que pour la qualité des vins. Simultanément, la vieille commanderie se transforma en un espace d’exposition gigantesque. César, Arman, Adami, Matta, Venet, Uematsu, Tosello, Lalanne et quelques autres encore ont ainsi installé leurs oeuvres, qui au coin d’un bois, qui entre deux parcelles. Et cet été, le plasticien Jean-Pierre Raynaud réalise une terrasse entièrement originale pour l’un des quatre « cabanons » de pierre, sans doute aussi anciens que le domaine, qui, restaurés et aménagés, seront bientôt proposés comme chambres d’hôtes.

Les deux passions de Philippe Austruy ont évidemment un lien commun : l’amour de l’art. C’est ainsi en effet qu’il aborde aussi le vin. Pas question évidemment de renoncer aux avancées de l’oenologie et de la technologie mais, de la taille hivernale jusqu’à la mise en bouteilles en passant par la vendange (manuelle, évidemment), la vinification, et l’élevage (en barriques pour les cuvées du château, en cuves pour celles de la commanderie), on souligne d’abord ici le geste de l’homme et son savoir-faire ancestral. Ainsi, déjà réputés, les vins du domaine ont encore fait d’indéniables progrès. Dans les trois couleurs, bien sûr : pas question pour l’artiste de se priver d’une seule partie de la palette !

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