L’ordre du Temple, histoire et mythes

Posted on Updated on

32.jpg

Dans l’Histoire, le Temple n’est pas le seul ordre de chevalerie, et les Templiers ne sont pas les seuls pour qui on a allumé des bûchers. Et pourtant, le romantisme confortant la redécouverte du Moyen Age, le nom même du Temple a pris place depuis bientôt deux siècles parmi les mythes que nourrit l’Histoire. Le manteau blanc prend les allures d’un symbole d’héroïsme, et l’on s’émerveille de cette ambiguïté qui mêle en une image d’épopée deux figures qui sembleraient inconciliables, celle du soldat et celle du moine.

Et puis, il y a le drame. Au fil des siècles, on a incendié des monastères et brûlé des hérétiques, et on a égorgé des banquiers. Seuls les Templiers, déjà décimés sur les remparts d’Acre, ont été anéantis en corps. Et les centaines de templiers qui ont fini leurs jours chez eux ne comptent guère dans la mémoire des hommes à côté de ceux qui furent victimes de la raison d’Etat et d’une pratique judiciaire qui les faisait relaps. Il est vrai que l’on comprend plus facilement la montée au bûcher que le long déroulement de ce « procès des Templiers » qui n’est qu’une suite incohérente d’enquêtes et de procédures amorcées et jamais achevées.

Très tôt, la légende a broché sur l’Histoire. Il y a la malédiction tombée du bûcher de Jacques de Molay, comme il y a le trésor subtilisé à la convoitise royale, sans oublier les secrets de construction hérités par le Temple d’on ne sait quels Egyptiens et l’architecture dite templière d’églises circulaires pourtant construites avant la fondation de l’Ordre.

Le renversement climatique, la mort subite du nourrisson Jean Ier, l’exil des papes à Avignon, la peste noire et la folie de Charles VI, tous ces malheurs qui teintent un siècle aux couleurs morbides de la Danse macabre ne sont-ils pas la réplique divine à un déni de justice dû à l’acharnement d’un roi et à la pusillanimité d’un pape ? L’historien a perdu la partie s’il veut raisonner contre l’imaginaire qui unit et souvent confond, en enjambant les siècles, les héros du combat pour la foi et les banquiers de la chrétienté, et qui inscrit l’histoire du Temple parmi les mystères

Parmi l’oeuvre considérable de Jean Favier, sa biographie de «Philippe le Bel» (Fayard, 1978, et Livre de poche) consacre d’importants développements à l’affaire des Templiers.

in Le Point