Un ordre bâtisseur qui créa le compagnonnage

Posted on Updated on

xxxvii02.jpg 

Pourquoi, comment, s’est-il trouvé, tout à coup dans l’Occident chrétien, des «dompteurs» de pierre comme on n’en avait jamais vu depuis les pyramides? D’où tenaient-ils leur savoir? Combien de générations de maçons et de tailleurs de pierre faudrait-il, aujourd’hui, pour produire des maîtres capables de réaliser l’équivalent des cathédrales de Chartres ou d’Amiens?
On objectera que ce phénomène, unique dans l’histoire de l’architecture, est aussi une question de «mode». Le propre de l’architecture n’est-il pas de s’adapter à l’esprit de son temps?
Les bâtisseurs de Dieu, dans la foulée de Cluny

Le 15 juillet 1099, Jérusalem brûle. Les croisés ont enfin pris la cité Sainte. Bien des années plus tard, en 1118, Baudoin II, roi de Jérusalem propose à Hugues de Payns, un chevalier champenois, à Geoffroy de Saint-Omer et à sept autres nobles, une place dans l’antique temple du roi Salomon.
L’ordre des Templiers est né. La relation entre l’Ordre et l’apparition du gothique est alors indéniable.

Fondé sous l’impulsion de saint Bernard de Clairvaux, l’ordre des Templiers a versé son sang sur les champs de bataille des croisades et protégé les bâtisseurs de cathédrales, auxquels il a confié de nouveaux savoirs.

Richissime, l’ordre du Temple avait réussi à poser les fondements d’une nouvelle civilisation. Les cathédrales, dans la mystique de saint Benoît puis de saint Bernard, en étaient la dimension spirituelle, l’aboutissement du long labeur élaboré à l’abbaye de Cluny, où ont été établies les fondations de la civilisation chrétienne occidentale. Plus de 1300 monastères se rangeront en effet sous la règle clunisienne. Et c’est de Cluny, aussi, qu’est issu le pape Urbain II, qui prêchera la première Croisade.

Parfaitement organisés, les Templiers avaient assuré le nécessaire vital, le blé, l’outil, l’argent. Avec les cathédrales, ils ont donné au peuple la clé de l’éveil spirituel qui lui manquait. Pour agir sur la pierre, il fallait des constructeurs initiés à certaines lois.

Opération de «communication par le bâti» pour la reconquête des lieux saints, les croisades ont donc favorisé l’essor des cathédrales gothiques dans tout l’Occident..

En témoigne l’œuvre du dernier bâtisseur de cathédrales, le Tessinois Mario Botta, concepteur de celle de la Résurrection à Evry, près de Paris (1995). Pour lui, l’architecture moderne ne s’applique pas qu’aux supermarchés, mais aussi aux églises, aux mosquées et synagogues…

Des bâtisseurs de jadis ont laissé leurs signatures, sur des poutres ou des pierres. On connaît des noms d’architectes et de maîtres d’œuvre, pour Amiens, mais pas pour Chartres… Le fait est que l’on sait peu de choses sur l’origine de ces constructeurs, sur le savoir-faire dont ils ont été les dépositaires. Ils étaient réunis en confréries, fraternités. Ou compagnonnages, un mot qui vient de «compas», leur outil de prédilection, et signifie aussi «qui partage le même pain».

Les confréries les plus connues avaient pour nom les Enfants du père Soubise, les Enfants de Maître Jacques ou les Enfants de Salomon. Elles ont aujourd’hui pour héritiers les Compagnons des devoirs du Tour de France. Certains d’entre eux ont gardé une tradition initiatique et morale de savoir-faire et de «chevalerie de métier» en refusant, par exemple, de construire des forteresses et des prisons, leur œuvre étant dévolue aux hommes libres.

La cathédrale, dans cette éthique, apparaît paradoxalement comme un édifice laïc, au sens originel du terme, car construit pour l’âme du peuple et non pour la gloire des seigneurs.

De saint Louis, ardent croisé, les bâtisseurs de cathédrales obtinrent des franchises royales qui en firent des «maçons francs». C’est dire la reconnaissance et l’estime dont ils jouissaient. Ces privilèges, le roi Philippe le Bel, dans son acharnement pour anéantir les Templiers, les supprima sèchement…

Sous protection templière

En effet, les bâtisseurs de cathédrales furent pourchassés lors du procès des chevaliers du Temple, leurs protecteurs. Si bien que beaucoup disparurent, signe de leur inclusion dans l’ordre, d’autres entrant dans la clandestinité.

La cathédrale de Chartres a dû être construite par les Enfants de Salomon, qui édifièrent la majorité des autres grands sanctuaires gothiques, comme Amiens et Reims. Les bâtisseurs étaient très liés aux Templiers, qui les avaient instruits et pris sous leur protection. Et on peut remonter plus loin. Car ces constructeurs puisent leurs origines dans les écoles initiatiques de l’ancienne Egypte.

L’art gothique, en tout cas, prospère en même temps que l’ordre du Temple. Et il déclinera avec lui, de même que l’art du vitrail, tel que splendidement pratiqué à Chartres, lorsque l’ordre sera brisé, au terme d’un des procès les plus scandaleux de l’histoire.

C’est si vrai que, sept siècles plus tard, lorsque des compagnons travaillèrent sous les ordres de l’architecte et restaurateur de cathédrales Viollet-le-Duc (1814-1879), ils s’effarèrent, raconte Louis Charpentier, «de ce que le moindre choc sur certaines pierres provoquait des ondes sonores comme on en obtient sur des ressorts tendus ou sur des cordes d’instruments de musique».

Le Temple anéanti, la civilisation idéalisée se transforme.

On ira jusqu’à dénigrer le gothique et s’enticher d’art classique antique. Restent les pierres et leur mémoire. Aux XVe et XVIe siècles, le gothique, sur le déclin, devient flamboyant. Des «flammes» architecturales hautement symboliques: on donne dans la surenchère de dentelles de pierres, on répète obsessionnellement courbes et contre-courbes, on démultiplie les nervures dans les voûtes. On assiste à un tumulte plastique qui ne traduit plus la mission fonctionnelle et mystique de l’art gothique, mais la douloureuse inquiétude spirituelle des temps.

Rédactrice en chef: Anne IMBERT

One thought on “Un ordre bâtisseur qui créa le compagnonnage

    Most Popular Posts - August « Templar Globe said:
    September 3, 2007 at 1:45 am

    […] 4. (3) Un ordre bâtisseur qui créa le compagn […]

Comments are closed.