Des croisades au roi de fer

Posted on Updated on

templiers.jpg 

Le temps des croisades est un temps d’espoir : ceux qui s’engagent pour le voyage vers Jérusalem, rêvent d’y trouver ce qui rendra leur vie meilleure. Hélas ! […] les résultats de l’entreprise ne correspondent guère à ce que l’imagination un peu naïve des croisés avait pu élaborer. Le commerce, en revanche, va se développer, et la civilisation décloisonner ses façons de penser […]. Philippe Auguste est l’homme de ces temps décisifs : c’est à la fois un croisé lucide et courageux et un habile stratège qui, à Bouvines, va fonder la France.

Délivrer le Saint-Sépulcre

La situation est grave : le tombeau du Christ est devenu la propriété des musulmans. Il faut aller le délivrer. Il faut aussi donner à une population française en forte progression (elle passe de 5 millions en l’an 1000 à 10 millions en 1200) des horizons nouveaux, faire prendre l’air aux jeunes nobles turbulents et tenter d’ouvrir des voies commerciales avec cet Orient tout proche et qu’on connaît si mal.

« Deus lo volt » est la réponse au discours enflammé du pape Urbain II qui demande aux volontaires de se désigner pour l’expédition de Dieu. L’évêque Adhémar de Monteil est le premier. Aussitôt, il coud une croix rouge sur son vêtement. Dans les jours qui suivent, ce sont des milliers d’hommes qui cousent la croix, c’est-à-dire qui répondent à l’appel du pape et se préparent à partir pour Jérusalem […].

Le grand drame des petites gens
Après l’appel d’Urbain II, en 1095, un ancien soldat devenu moine, né en 1050 à Amiens et qui prétend que le Christ lui est apparu lors d’un voyage à Jérusalem, décide de sillonner les campagnes, de s’arrêter pour prêcher dans les petites villes, les villages. Il veut recruter une armée de croisés issus du peuple, une armée de gens simples. Il est monté sur un âne, marche pieds nus. Son nom ? Pierre l’Ermite. On l’écoute, il parle avec passion, avec fougue : il faut aller délivrer le tombeau du Christ à Jérusalem. La description qu’il fait de cette ville enflamme les imaginations et de braves gens vendent tout ce qu’ils ont pour [le] suivre. Des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, mais aussi de malades, d’infirmes et d’impotents le suivent. Le 12 avril 1096, ils arrivent à Cologne où le départ est fixé. Ils sont près de 100 000.

1099 : prise de Jérusalem

Le 7 juin 1099, les croisés arrivent devant Jérusalem. Ils exultent, remercient Dieu. L’assaut est donné sous une chaleur écrasante le… 14 juillet. […] La garnison égyptienne qui défendait la ville est repoussée. Sous les ordres de Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, Tancrède de Hauteville et Godefroi de Bouillon, les croisés envahissent alors Jérusalem, et c’est l’horreur : un chroniqueur affirme que les chrétiens font un tel carnage que le sang des infidèles leur arrive aux chevilles ; un autre dit que les chevaux en ont jusqu’au poitrail. Exagérations mises à part, le massacre est abominable […] : quarante mille cadavres, hommes, femmes, enfants, vieillards, jonchent les rues de Jérusalem. […]

L’ex de Louis, reine d’Angleterre
En 1154, la reine de France change non seulement de mari, mais aussi de pays. Pas forcément pour son bonheur. […] A la cour d’Angleterre, un beau jeune homme de 21 ans n’attend que la femme de sa vie pour fonder un foyer et plus si affinités, c’est-à-dire agrandir le royaume. Ce jeune homme, c’est Henri II Plantagenêt… Aliénor a 32 ans lorsque le 17 décembre 1154, elle ceint la couronne de reine auprès de son jeune roi de coeur et de bonheur (et d’Angleterre aussi) Henri II. Incroyable nouvelle fortune. La voici reine d’Angleterre, certes, mais aussi de plus de la moitié de la France anglaise : toute la façade Atlantique et celle de la Manche, des Pyrénées jusqu’à Calais. L’Empire angevin.

1187 : Saladin reprend Jérusalem
La troisième croisade (1189-1192) est celle de la contre-offensive musulmane, avec Saladin. Dans un premier temps, c’est un désastre pour Guy de Lusignan, le Français devenu roi de Jérusalem. Ayant lancé ses troupes vers Tibériade, il est encerclé et fait prisonnier avec tous ses combattants. Le 2 octobre 1187, Jérusalem est reprise par Saladin. La nouvelle se répand en Europe : une nouvelle armée de croisés est levée, conduite par Philippe Auguste, Richard Coeur de Lion et l’empereur germanique Frédéric III, dit Barberousse.

15 avril 1204 : Constantinople tombe aux mains des croisés
Au terme de la troisième croisade, en 1192, Saladin demeure à Jérusalem, et les croisés, en accord avec lui, contrôlent la côte entre Saint-Jean-d’Acre et Jaffa. De plus, ils sont autorisés à aller se recueillir sur le tombeau du Christ dans la ville sainte. En 1198 est lancée la quatrième croisade dont l’objectif est l’Egypte, siège du pouvoir musulman. Faute d’argent, elle ne peut partir qu’en 1201, gagne Venise pour laquelle elle reprend la ville dalmate de Zara, aux mains des Hongrois. Cette victoire permet aux croisés d’être convoyés vers Constantinople où ils s’immiscent dans une vendetta de succession au point de mettre la ville à sac et de s’en emparer le 15 avril 1204. Le comte Baudouin de Flandre qui participait à cette croisade est sacré empereur latin de Constantinople. Les croisés conquièrent ensuite une grande partie de la Grèce méridionale.

27 juillet 1214 : Bouvines, la France devient adulte

Philippe Auguste est devenu un roi puissant. Ses ambitions ne plaisent pas à certains de ses vassaux – Renaud de Dammartin, le comte de Boulogne, et Ferrand, le comte de Flandre, favorables à ceux qui garantissent la prospérité de leurs filatures, leurs fournisseurs de laine : les Anglais. Elles déplaisent aussi à l’empereur germanique Otton de Brunswick, et bien sûr à Jean sans Terre qui n’a pas apprécié que Philippe Auguste projette d’envoyer en Angleterre son fils Louis, non pour un stage linguistique, mais pour en devenir le roi, tout simplement. La vengeance de Jean est en route. Le plan est simple : il s’agit de prendre en tenailles le roi de France. Jean débarquera à La Rochelle. Otton et le reste des coalisés viendront par le nord. Et chacune des troupes s’en ira vers Paris. Simple, ce plan, il est vrai. Mais sur qui les mâchoires de la tenaille vont-elles se refermer ?

L’empereur germanique était considéré, avant Bouvines, comme le personnage le plus important après le pape. Désormais, après ce 27 juillet 1214, c’est Philippe Auguste qui prend cette place dans la hiérarchie de l’Occident chrétien. Il met en place pour longtemps l’autorité des Capétiens, comme Charlemagne avait assis celle des Carolingiens. De plus, Otton doit céder sa place à Frédéric II, un allié du roi de France. Le domaine d’Hugues Capet était étroit et dispersé, Philippe Auguste a multiplié par trois celui qu’il a reçu. A sa mort, en 1223, Philippe lègue à ses héritiers, à l’Eglise, à sa famille, aux croisades futures une somme considérable. Il laisse à ses successeurs Louis VIII le Lion – dont le règne ne dure que trois ans et qui meurt (mais non, pas d’un accident de chasse !) d’une dysenterie – et à Louis IX, le futur Saint Louis, une France parfaitement organisée, centralisée et qui n’attend que l’autorité et les compétences de sa descendance. […]

Saint Louis : une piété ardente, active, presque hargneuse…
Comment Louis IX est-il devenu Saint Louis quelques années seulement après sa mort ? Louis est tout d’abord imprégné de l’éducation religieuse stricte et sévère qu’il a reçue de sa très pieuse mère Blanche. Il se lève même la nuit pour participer à l’office des matines. Et ce détail n’est rien par rapport au reste : il cherche dans toutes ses actions à faire des sacrifices, à se priver, se mortifier afin de contrarier les plaisirs qui pourraient le détourner de sa piété active. En 1244, Jérusalem tombe à nouveau aux mains des Turcs. Dans le même temps, Louis IX tombe gravement malade au château de Pontoise, sa résidence préférée, à la fin de l’année 1244 : il souffre de paludisme. Le 20 décembre, il ne parle plus, ne bouge plus ; on le croit donc mort. Les femmes présentes qui l’ont entouré de tous leurs soins sont désespérées. […] Mais, soudain, il revient à la vie. Et par gratitude pour Dieu qui l’a renvoyé dans ses foyers, il décide de prendre la croix. Ses barons ne sautent pas de joie, mais acceptent de l’accompagner. S’ensuivent six années d’absence entre 1248 et 1254.

1233 : L’inquisition
Comment traquer les cathares qui résistent dans le sud de la France ? Une seule solution : la violence et la torture. Ce sera l’oeuvre terrible et dégradante de l’Inquisition. Instituée en 1233 par le pape Grégoire IX, l’Inquisition est confiée aux dominicains, un ordre religieux fondé par Dominique de Guzman, plus tard devenu saint Dominique. […] L’Inquisition va donc se mettre en place au début du XIIIe siècle. Tout un arsenal de tortures est utilisé pour les réticents, les obstinés : pieds brûlés, torsion des membres, ingestion forcée de liquide. Et, pour terminer, le bûcher attend ceux qui refusent d’abjurer. En général, les conversions sont nombreuses, mais certains résistent, se réfugient dans des forteresses. Ainsi, en 1244, à Montségur, un château est construit sur un impressionnant piton rocheux, en plein coeur des Pyrénées. Attaqués dans ce nid d’aigle par Hughes d’Arcis, les purs résistent des mois, mais finissent par se rendre après la trahison d’un paysan qui a indiqué un passage secret. Les 210 parfaits, hommes, femmes, enfants, qui en sortent refusent d’abjurer. Ils vont périr sans offrir de résistance dans le bûcher dressé au pied du rocher. On raconte même que beaucoup d’entre eux se jetèrent d’eux-mêmes dans les flammes. Aujourd’hui encore, ce champ s’appelle le Prat des cramats (des brûlés).

25 aout 1270 : Mort de Louis IX

Le 17 juillet 1270, les croisés s’emparent de Carthage, puis attendent des renforts pour attaquer Tunis. Hélas, la chaleur conjuguée à la décomposition des cadavres provoque une épidémie de typhus. Le plus jeune des fils du roi en meurt. On n’ose annoncer la nouvelle à Louis IX, lui-même atteint. Le 25 août 1270, sous une chaleur insupportable, il sent sa fin arriver. Il reçoit l’extrême-onction et demande, en signe d’humilité, à être étendu sur un lit de cendres. Vers trois heures de l’après-midi, il rend l’âme, les bras en croix, à l’image du Christ. Le 4 août 1297, il est canonisé par le pape Boniface VIII.

1307 : Philippe le Bel s’empare de l’argent des Templiers

De pauvres qu’ils étaient, les chevaliers du Temple sont devenus fort riches, trop riches pour le roi… 13 octobre 1307 : les Templiers sont arrêtés. En septembre 1307, Philippe le Bel qui méditait depuis longtemps une action d’envergure contre les riches Templiers se décide : des ordres secrets sont envoyés dans tous les royaumes aux baillis et sénéchaux, là où les Templiers possèdent des établissements. Et le 13 octobre 1307, l’incroyable nouvelle se répand : les Templiers ont été arrêtés. Les fameux Templiers…

1285-1314 : Philippe le Bel, le roi de fer
Après le bref passage de Philippe le Hardi, Philippe le Bel va poursuivre l’oeuvre centralisatrice de son grand-père Saint Louis. Il va doter la France d’une administration solide. Il prend l’habitude de convoquer en assemblée les représentants de ses sujets. Ces assemblées où sont représentés le clergé, la noblesse et la bourgeoisie, vont devenir les états généraux. Ils sont consultés lorsque de nouveaux impôts doivent être levés. Ces impôts sont souvent insuffisants pour combler les besoins du royaume. Philippe le Bel va utiliser toute son énergie pour rassembler les sommes considérables dont il a besoin pour affermir son pouvoir.

1303 : Déposer Boniface VIII
Guillaume de Nogaret, juriste et conseiller de Philippe le Bel, décide qu’il faut attaquer pour se défendre. Et comment attaquer ? En arrêtant le pape Boniface VIII. Ni plus ni moins. Une campagne de calomnies est lancée contre le pape, qui est présenté comme un abominable individu aux moeurs douteuses qui aurait prétendu qu’il préférerait être un chien plutôt qu’un Français. En mars 1303, une assemblée à Paris décide donc de [le] déposer et de convoquer un concile pour le juger à Lyon. C’est Guillaume de Nogaret qui est chargé d’aller annoncer la nouvelle à Rome, et de ramener le pape. Mais le pape a quitté Rome pour la petite cité d’Anagni où il se repose. Qu’à cela ne tienne. Malgré la présence de l’agressive famille Colonna de Rome qui vient aussi demander des comptes au pape pour une tout autre affaire, Guillaume de Nogaret tente d’enlever Boniface VIII après lui avoir annoncé son prochain jugement. Il va même jusqu’à le brutaliser, le giflant presque. Il faut dire que Nogaret conserve une dent contre l’Eglise qui a fait brûler son grand-père cathare. A partir de ce moment, Boniface le tenace n’est plus qu’un homme déçu, amer et brisé, qui rentre à Rome et s’y laisse mourir le 11 octobre 1303. Philippe le Bel a gagné. Le successeur de Boniface, Clément V, s’empresse de reconnaître le bon droit du roi de France.

18 mars 1314 : Jacques de Molay au bucher

Nogaret fait son miel des déclarations scandaleuses accusant les Templiers. Les arrestations du 13 octobre 1307, c’est son affaire. Après une enquête rondement menée, Jacques de Molay, le Grand Maître de l’Ordre, est traduit devant un tribunal. Il avoue tout ce dont on le soupçonne, alors que les Templiers nient en bloc. Mais bientôt, les aveux se font nombreux, car le choix qui est proposé aux Templiers est simple : ou bien ils avouent, ou bien c’est la mort. Le Grand Maître et les dignitaires sont condamnés à la prison à vie. Le 18 mars 1314, lorsqu’il entend la sentence sur le parvis de Notre- Dame, Jacques de Molay s’écrie que tout ce dont les Templiers ont été accusés n’était que calomnie. Il se fait l’avocat de son Ordre : la foule l’écoute et commence à prendre son parti.

in, Historia

2 thoughts on “Des croisades au roi de fer

    Fran said:
    January 15, 2009 at 9:53 pm

    Croisades : conquêtes militaires ou pèlerinage armé ? Pour de nombreux croisés, ce fut un moyen de faire le pèlerinage aux lieux les plus sacrés de leur foi. Avant, pendant et après les pèlerinages continuèrent. Ici, un ensemble de témoignages de pèlerins, croisés ou non :

    http://www.villemagne.net/site_fr/jerusalem-pelerinages-au-moyen-age.php

    Antoine said:
    April 14, 2010 at 9:35 am

    Bonjour je m’apelle Antoine j’ai 13 ans et j’ai moi aussi un site :
    http://www.lemondedestempliers.sitew.com/#Accueil.A
    Poster vos message s’il vous plait.

Comments are closed.